• 8 août 2025

    Figures d’hier, événements d’aujourd’hui : comment Voise s’est construite dans l’Eure-et-Loir

Au fil des siècles, des personnages-clés à l’ancrage local

Des seigneurs ruraux aux élus visionnaires

Le peu d’archives communales conservées avec soin à la mairie rappelle que Voise, au Moyen Âge, n’a jamais été un bourg fortifié ou une cité de foires bondées. Mais la commune apparaît dès le XIe siècle parmi les domaines des seigneurs de Gallardon, rattachés à la puissante famille de Dreux (source : Gallica - BNF). Sur ces terres, le nom d’Armand de Saint-Eman circule encore dans la mémoire orale. C’est lui qui, vers 1584, tente de résister à une expédition de mercenaires lors des conflits religieux. Si l’épisode n’a pas laissé de monument, il demeure raconté à la veillée ou par les instituteurs, preuve vivante d’un attachement féroce à la tranquillité des lieux.

Bien plus tard, au tournant du XXe siècle, la figure d’Ernest Poiraud, maire de Voise entre 1892 et 1914, est souvent citée pour son engagement dans la modernisation du village : premier projet d’école laïque, lutte contre la désertification médicale, plantation d’arbres et création d’un syndicat intercommunal pour l’eau courante. Ces petites “révolutions” du quotidien, aujourd’hui invisibles mais structurantes, sont évoquées dans les archives municipales (source : Archives départementales d’Eure-et-Loir, cote EDEP/035/3).

Quand Voise a servi de point de ralliement

Si Voise n’a jamais été une terre de grandes batailles, le village s’est pourtant illustré à plusieurs reprises comme point de passage ou de regroupement, notamment lors de la guerre de 1870 où des détachements de la garde nationale campèrent aux abords du moulin (source : "Histoires d’Eure-et-Loir", éditions CPE, 2012). Des récits familiaux évoquent encore la solidarité déployée alors pour nourrir et soigner ces soldats, mais aussi la peur sourde devant les rumeurs de pillages.

Des événements historiques qui résonnent encore

La Grande Guerre et les Voisiens

Comme beaucoup de villages français, Voise a payé un lourd tribut lors de la Première Guerre mondiale : 19 noms figurent sur le monument aux morts érigé au cœur du bourg, pour moins de 400 habitants à l’époque. La mobilisation, la pénurie de bras dans les champs, puis l’exode rural qui s’en est suivi, ont profondément transformé la dynamique locale. Les journaux de l’époque, consultables à la Bibliothèque municipale de Chartres (BM Chartres), évoquent les lettres poignantes échangées entre les familles de Voise et leurs proches au front. Chaque villageois connaissait par cœur ces noms qui résonnent aujourd’hui une fois l’an, lors de la cérémonie du 11 novembre.

La Libération de 1944 : souvenirs d’espoir

Voise a été libéré dans les toutes dernières heures de l’été 1944, quelques jours après Chartres et Nogent-le-Roi. Des témoins racontent le passage précipité des troupes alliées et la liesse, sobre mais débordante, qui s’empara rapidement du village. Un vieil exemplaire de “La Voix du Centre”, quotidien de l’époque, relate l’entrée des blindés américains dans la région, escortés par des habitants venus offrir lait et pain frais. On évoque la résistance discrète d’un groupe de trois familles qui cacha un aviateur britannique abattu dans les rivières alentour (source : témoignages familiaux recueillis dans "70 ans après, mémoire de la Voise", 2014, ouvrage collectif).

Patrimoine vivant, traditions collectives et transmission locale

Une tradition orale précieuse : les veillées de la Voise

Bien avant l’arrivée du postier à vélo, la veillée constituait l’événement central du village. De l’avis de plusieurs aînés, ces rendez-vous ponctuaient chaque saison : récits de moissons, chansons du terroir, anecdotes sur les années de récolte difficile ou sur les foires à Gallardon. On y parlait aussi des “sabots de M. Lemonnier”, le sabotier ambulant qui a sillonné la région jusque dans les années 1950 et dont le savoir-faire est encore exposé à la Fête du Patrimoine chaque automne. Cette mémoire populaire, fragile, est aujourd’hui relayée par l’association “Mémoire d’Ici”, qui collecte histoires et objets du quotidien pour éviter l’oubli.

Fêtes de villages et héritage festif

Chaque printemps, le carnaval de Voise réunit petits et grands autour d’un cortège chamarré, une tradition qui s’est réinventée depuis les années 1970. Mais la fête la plus ancienne demeure la Saint-Fiacre, patron des jardiniers, célébrée ici sans interruption depuis 1852. À cette occasion, un marché aux fleurs s’étale sur la place centrale, où s’échangent plans de tomates anciennes et confitures maison. On y retrouve les descendants de vieilles familles côtés côte avec de jeunes arrivants venus savourer l’art de vivre local. L’association “Au Fil de la Voise”, fondée en 1996, perpétue ces traditions et s’emploie à transmettre recettes, chansons et savoir-faire oubliés à travers des ateliers chaque mois.

Quand Voise inspire : artistes et histoire littéraire

Voise dans la littérature et la chanson populaire

Si Voise n’a pas vu naître de grands écrivains nationaux, le village a souci de préserver la petite musique de ses lieux. Le chansonnier Pierre Loizillon (1927-2003), originaire d’un hameau voisin, a signé plusieurs textes inspirés par la campagne, dont “Sous les saules de la Voise”, entonné lors des fêtes rurales. Plus surprenant, l’auteur Jean-Louis Rozé a puisé dans son enfance à Voise la matière de son récit “Échos du moulin”, publié en 1986 (éditions Marivaux), témoignage vibrant de la ruralité des années 1930-1950.

Patrimoine architectural : témoins silencieux d’une histoire populaire

La silhouette discrète de l’ancien moulin, les murs de la ferme de la Garenne, ou encore les quelques vestiges de bornes postales témoignent, à leur manière, de l’activité protéiforme de Voise. Une légende relie la construction du pont de pierre, inauguré en 1823, aux efforts conjoints de plusieurs familles du village, qui trouvèrent là une manière de relier plus efficacement marché, école et ateliers. Un rapide inventaire du patrimoine local (source : Base Mérimée, ministère de la Culture) met en exergue cinq monuments recensés, pour la plupart restaurés dans les années 1980 grâce à l’implication de comités citoyens.

Zoom notable : Voise et l’innovation rurale

Parmi les rares initiatives à avoir dépassé les frontières de la commune, citons la coopérative agricole, créée en 1929. Une première dans ce secteur de l’Eure-et-Loir ! Le regroupement de petits propriétaires visait alors à acheter une batteuse commune et à négocier les prix du blé auprès des négociants. Ce modèle, rapidement imité dans les communes voisines, a contribué à renforcer la vie associative et la solidarité entre riverains (source : "Chroniques agricoles d’Eure-et-Loir", 2015).

Dans les années 1960, Voise s’est aussi hissé sur le devant de la scène grâce à la Semaine du Lait, organisée par les agriculteurs locaux. Cette fête – relayée dans “La République du Centre” – a attiré jusqu’à 400 visiteurs en une journée (chiffre significatif pour un village alors peuplé d’à peine 350 âmes).

Un héritage vivant à explorer au détour des chemins

À Voise, le passé n’est ni figé ni muséifié. Il palpite au rythme des fêtes, dans les coulisses des comités associatifs, dans l’attachement à des gestes solidaires et à des paysages soignés. Croiser le chemin d’un ancien, écouter les souvenirs égrainés lors d’une balade contée ou d’un atelier, c’est entrouvrir la porte d’un terroir façonné lentement, par chacun de ses habitants. Que l’on vienne pour une journée ou qu’on s’y installe pour la vie, il reste toujours un détail à apprendre, une anecdote à glaner, une histoire à faire sienne dans cette commune résolument animée par la mémoire vivante de ses gens.

  • Sources principales : Archives départementales d’Eure-et-Loir, ouvrages “Histoires d’Eure-et-Loir” (CPE, 2012), Gallica - BNF, témoignages locaux recueillis par le collectif “70 ans après, mémoire de Voise”, Base Mérimée (ministère de la Culture).
  • Pour aller plus loin : la médiathèque municipale de Voise propose régulièrement des expositions de photographies et de documents anciens retraçant la vie locale.

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