• 1 novembre 2025

    Balade sensorielle à Houx : trésors cachés et héritage vivant d’un village d’Eure-et-Loir

Un village entre pierre et verdure : premiers pas à Houx

Lovée à une poignée de kilomètres au sud de Voise, Houx évoque ce charme discret propre aux villages où l’histoire s’invite à chaque détour de ruelle. Traversé par le sentier de Grande Randonnée GR655 (variante de la Voie de Tours vers Saint-Jacques-de-Compostelle), Houx est un point de passage autant qu’un havre de tranquillité. Sa population, qui gravitait autour de 440 habitants en 2021 (source : INSEE), préserve fièrement l’âme de cette commune du pays dunois, blottie dans une courbe de l’Eure, entre prairies bocagères et bois tapissés de jacinthes au printemps.

Église Saint-Germain : témoin séculaire du cœur villageois

Impossible d’évoquer Houx sans s’arrêter devant son église, érigée en l’honneur de Saint-Germain, bâtisseur d’unité au VI siècle et évêque d'Auxerre. Mentionnée pour la première fois dans des documents paroissiaux du XV siècle, elle est en réalité d’origine bien plus ancienne, en témoignent des éléments romans discrets qui subsistent dans la nef. Le portail en anse de panier, taillé dans la pierre blonde du Perche, reflète la simplicité robuste de l’art religieux rural d’Eure-et-Loir.

L’intérieur frappe par la lumière douce filtrée par d’étroits vitraux XIX, répertoriés par le ministère de la Culture (Base Mérimée). L’autel, sculpté dans un calcaire local, raconte le goût pour l’ornement sobre de l’époque. Parmi les détails à ne pas manquer :

  • Un bénitier du XVII siècle, creusé dans une coquille Saint-Jacques, clin d’œil symbolique à la route pèlerine ;
  • Une cloche fondue en 1743, classée monument historique, encore utilisée pour les cérémonies et les rappels de fête patronale ;
  • Des stalles en bois, discrètement gravées de motifs floraux typiques de la vallée de l’Eure.
À la belle saison, le parvis accueille parfois des concerts de musique baroque, profitant d’une acoustique naturelle très appréciée des musiciens locaux (source : Office de Tourisme Dreux Pays d’Accueil).

Moulin, lavoirs et patrimoine de l’eau : la rivière qui façonne Houx

L’Eure serpente tranquillement au pied du bourg, filant entre saules blancs et aulnes. Elle a donné naissance à une tradition meunière séculaire. Le moulin de Houx, mentionné dès le XIII siècle dans les archives seigneuriales, se trouve sur la rive ouest, au bout d’un petit pont de pierre musarde. Aujourd'hui reconverti en habitation privée, il garde encore visibles sa roue verticale et une partie de la machinerie en métal forgé du XIX siècle.

Jusqu’à la fin du XIX siècle, trois lavoirs ponctuaient la route du bourg à la rivière. Il n’en reste plus qu’un, restauré avec soin par la commune en 2014 (source : Communauté de communes de la Vallée de l’Eure). Cet abri à demi-enfoui, à la charpente en chêne, servait de lieu de rencontres autant que de travail. Aux beaux jours, si l’on tend l’oreille, on peut encore entendre, fantômes du passé, les éclats de voix et le clapotis du linge contre la pierre.

  • Le parcours "l’eau dans le village" mis en place par la mairie invite petits et grands à reconstituer l’histoire des métiers liés à l’Eure, un livret jeu étant disponible sur simple demande.

Aux portes de la forêt de Saint-Georges : paysages et histoires rurales

À la sortie de Houx, les haies vives s’effacent peu à peu devant la forêt domaniale de Saint-Georges, vaste écrin de plus de 700 hectares (source : ONF). Son histoire, longtemps liée à la chasse seigneuriale, a façonné l’organisation du village. Les chemins creux traversent des parcelles où alternent chênes pluri-centenaires, futaies régulières et parcelles de taillis.

Sur l’ancien chemin forestier du Malpas, une croix de mission datée de 1856 (encore visible à la croisée des sentiers) rappelle l’importance des communautés religieuses et des processions dans la vie locale.

  • Chaque année, la fête de la Saint-Hubert (patron des chasseurs) réunit, début novembre, plus de 200 participants pour une messe en plein air suivie d’une marche familiale et d’un repas rassemblant les produits du terroir.

Le château de Houx : secrets d’un manoir rural

Discret, le château de Houx ne se dévoile pas au premier venu. Construit aux alentours du XVIII siècle, dans le pur style des gentilhommières de Beauce, il fut longtemps le centre d’un vaste domaine agricole. L’élégance de sa façade en brique et pierre, rythmée par de hautes fenêtres à petits carreaux, tranche avec la modestie alentour.

Non ouvert à la visite, il demeure néanmoins observable depuis la route d'Yermenonville. On peut apercevoir :

  • Le fronton orné des armes des anciens propriétaires, la famille De Bures, ancienne lignée de la petite noblesse locale (source : Archives départementales d’Eure-et-Loir).
  • Un pigeonnier cylindrique restauré, rare survivant de l’époque où chaque seigneur avait le droit d’élever des pigeons, privilège longtemps jalousé des paysans.
  • En arrière-plan, d’anciennes dépendances agricoles (granges, étables, four à pain), témoins du quotidien rural d’avant la mécanisation.

Vestiges et mémoires de la guerre : Houx sur la ligne de front

Houx a eu son lot de tourments au fil de l’histoire, en particulier durant les guerres du XX siècle. Deux plaques commémoratives ornent la façade de la mairie – la plus ancienne datant de 1920, cite les 19 enfants du village tombés lors de la Grande Guerre.

Une curiosité à signaler : sur la place des Tilleuls, un abri anti-aérien bétonné – vestige de l’Occupation allemande – est resté en l’état, à la demande des anciens du village (source : Mémorial de la Seconde Guerre Mondiale en Eure-et-Loir). Des panneaux pédagogiques retracent le quotidien des habitants pendant les années noires, offrant une page d’histoire souvent ignorée des visiteurs.

Traditions vivantes et initiatives locales

Le patrimoine de Houx ne se cantonne pas à ses vieilles pierres : il vit au rythme de ses animations. Parmi les plus singulières :

  • La fête de la Saint-Fiacre (fin août), quand les maraîchers décorent charrettes et tracteurs de légumes du jardin, dans une parade haute en couleur, suivie d’une bénédiction des récoltes.
  • Des sentiers pédagogiques aménagés depuis 2018 par l’association Houx Nature, permettant de découvrir la faune locale (héronnières, salamandres, nombreuses espèces de chauves-souris recensées lors d’un inventaire participatif piloté par la LPO Centre-Val de Loire).
  • La Fête du livre rural organisée chaque printemps, où une douzaine d’auteurs, souvent originaires de la vallée de l’Eure, partagent lectures, souvenirs et ateliers d’écriture en plein air.

Petites anecdotes et coups d’œil insolites à ne pas manquer

  • Au hasard des promenades, cherchez le calvaire de la croisée Saint-Jean, où, selon la légende locale, les amoureux échangeaient un brin de muguet chaque 1 mai pour garantir bonheur et fidélité.
  • Le porche du cimetière communal conserve, à peine lisible, la devise “La vie n’est rien sans la mémoire” gravée par un ancien maître d’école, Joseph Dubourg, résistant local sous l’Occupation.
  • Les vieux murs de grange arborent parfois une fresque naïve, peinte dans les années 1980 par des élèves de l’école primaire, évoquant les saisons vues par les enfants de Houx.

Ouvrir grand les yeux, s’offrir le temps d’une halte à Houx

Sous le soleil de la vallée de l’Eure, Houx déploie des trésors paisibles, souvent passés sous silence des guides touristiques classiques. Ici, chaque pierre raconte le cheminement d’une ruralité authentique ; chaque sentier s’ouvre sur des dialogues avec les saisons, la faune, les souvenirs et les gens du pays. En prenant le temps de flâner, de s’arrêter devant un détail ou d’échanger quelques mots au marché, on touche du doigt ce patrimoine vivant, fait de discrétion et de convivialité.

Si le cœur de Voise bat au rythme du bocage, Houx, lui, cultive discrètement sa différence : un savant mélange d’histoires anciennes, de gestes préservés et de paysages préservés, à explorer pour mieux savourer la richesse humble de nos campagnes d’Eure-et-Loir.

En savoir plus à ce sujet :